Bonjour Samuel, vous êtes le co-fondateur d'Acadee et vous avez récemment lancé 'Sous Ma Peau', un roman qui associe littérature et musique. Pouvez-vous nous parler de ce projet et de ce qui vous a inspiré à créer cette œuvre unique?
Bonjour. Sous Ma Peau est né d'une prise de conscience. Tout est parti des travaux de la société Neuralink d'Elon Musk qui fabrique des implants cérébraux. Après des tests sur le cochons, des humains ont aujourd'hui cette puce dans leur crane. La fusion entre l'homme et la machine n'est donc plus de la science-fiction.
Cela m'a renvoyé ausis à la thèse du Professeur Laurent Alexandre sur « l'apartheid intellectuel ». J'ai voulu explorer concrètement ce scénario : que se passera-t-il le jour où l'humanité se scindera irrémédiablement en deux ? D'un côté, une élite « augmentée », boostée par l'IA, et de l'autre, des humains « biologiques » devenus obsolètes.
La convergence de la littérature et de la musique dans 'Sous Ma Peau' est un concept novateur. Comment avez-vous abordé la création musicale pour chaque chapitre, et comment cela a-t-il influencé l'écriture du récit?
Cette fracture dont je viens de parler est au cœur de mon roman. Mais pour raconter une telle dystopie, pour faire ressentir dans sa chaire le cri de révolte de ceux qui refusent d'être asservis par la technologie, les mots seuls ne suffisaient pas. J'ai compris qu'il fallait une autre dimension émotionnelle. Sous Ma Peau, c'est ce "futur possible" que vous pouvez lire, mais c'est surtout l'émotion de ces personnages que vous pouvez écouter, chapitre après chapitre. J'ai donc abordé ce projet comme un réalisateur de cinéma composerait sa bande originale, sauf qu'ici, la musique fait partie intégrante de la narration. Ce fut un dialogue constant entre l'histoire et la musique. Parfois, c'est la scène qui dictait la chanson : un moment de tension dans les bas-quartiers de NeoGenesis appelait un rythme hip-hop ou rock industriel. D'autres fois, c'est une mélodie mélancolique qui m'a inspiré la trajectoire émotionnelle d'un chapitre. Je voulais créer une immersion totale. Quand vous scannez le QR code, vous ne faites pas que lire les pensées de Kael ou la révolte de Nora, vous entendez leur voix, leur souffle. Cela m'a forcé à écrire avec un rythme plus visuel, un peu comme un show runner d'un série Netflix, pour que la transition vers l'audio se façon de façon naturelle et apporte des informations supplémentaires à l'histoire.
Vous mettez en scène une dystopie en 2042, abordant des thèmes comme le transhumanisme et les fractures sociales. Comment ces sujets résonnent-ils avec notre époque actuelle, et que souhaitez-vous que les lecteurs en retiennent?
NeoGenesis, la ville où se déroule l'intrigue, est un miroir grossissant de notre présent. Elle est fracturée en deux : en haut, les Augmentés, une élite parfaite mais déconnectée de ses émotions, gérée par l'IA d'Emoticorp ; en bas, les Biologiques, qui luttent pour garder leur humanité dans la misère. C'est une métaphore de notre dépendance aux écrans et aux algorithmes. À force de vouloir tout optimiser, ne risquons-nous pas de perdre notre humanité ? Je veux que le lecteur referme le livre et se demande : "Jusqu'où irais-je pour rester moi-même ?". C'est un thriller addictif mais c'est aussi un cri d'alerte sur la valeur de nos imperfections humaines.
À l'ère de Netflix et Spotify, de nouvelles formes de consommation culturelle émergent. Quel est selon vous l'avenir du roman traditionnel face à ces plateformes de divertissement digital?
Le roman ne doit pas combattre ces plateformes mais apprendre d'elles ! Le modèle traditionnel est en danger s'il n'évolue pas. Avec Sous Ma Peau, je propose un format "hybride" qui s'adapte à nos modes de vie connectés. Nous sommes dans l'économie de l'attention. Si je veux qu'un jeune (ou un moins jeune) lâche son téléphone pour lire, je dois lui offrir une expérience tout aussi stimulante. Mon livre se "binge-read" comme on regarde une série. L'avenir du roman, c'est de devenir un hub culturel, un point de départ vers d'autres sensations. C'est pour cela que le livre est disponible dès maintenant sur Amazon pour la lecture, et que la bande-son est disponible sur toutes les plate-formes de streaming. Les deux sont indissociables.
Créer une expérience immersive entre texte et musique nécessite une approche différente de la narration. Quels défis avez-vous rencontrés en concevant cette dualité, et comment les avez-vous surmontés?
Le défi majeur était l'équilibre. Il ne fallait surtout pas que la musique soit un gadget qui interrompt la lecture, mais au contraire qu'elle la sublime. J'ai donc travaillé la structure de chaque chapitre pour qu'il agisse comme un "shoot d'émotion", créant une envie irresistible de scanner le QR code pour écouter la chanson et prolonger ce que l'on vient de lire dans un registre plus immersif.
J'ai voulu donner aussi une « couleur musicale » spécifique à chaque caste de NeoGenesis. Pour les Augmentés, cette élite technologique, j'ai utilisé des sonorités électroniques, synthétiques et froides, reflétant leur perfection artificielle. À l'inverse, pour les Biologiques qui luttent dans les bas-fonds, la musique devient organique, brute : du rock, du ska, des instruments acoustiques qui suintent la sueur et la vie.
Cette dualité sonore permet au lecteur de ressentir physiquement le conflit social du livre. C'est un pari technique et artistique risqué, mais quand je reçois des messages de lecteurs me disant qu'ils ont pleuré en écoutant la balade finale, je me dit que l'immersion est réussie.
En regardant vers l'avenir, comment envisagez-vous l'évolution de la littérature dans une société de plus en plus numérisée et connectée?
Je suis convaincu que la littérature va sortir de ses pages pour devenir un spectacle vivant. Sous Ma Peau a été conçu dès le départ avec un potentiel scénique immense.L'univers visuel est déjà là, prêt à être incarné. Imaginez le contraste saisissant sur un plateau : d'un côté, la froideur clinique des Augmentés, vêtus d'un blanc immaculé, arborant cette chevelure blanche caractéristique (l'effet secondaire de leurs implants neuronaux). De l'autre, la chaleur authentique des Biologiques, parés de haillons rapiécés et colorés, dansant d'une humanité brute. Cette opposition est intrinsèquement théâtrale. D'ailleurs, je profite de votre article pour lancer un appel : nous sommes à la recherche d'un producteur pour adapter Sous Ma Peau en comédie musicale. La matière est là, le public est prêt pour une expérience qui mêle théâtre, concert et narration. C'est l'étape suivante logique de ce projet.
Pour conclure, quel conseil donneriez-vous aux jeunes auteurs et créateurs qui souhaitent explorer des formats hybrides et innovants dans leur travail?
N'ayez pas peur de briser les codes. On vous dira que "ce n'est pas comme ça qu'on fait un livre". Ignorez-les. Votre seule boussole doit être l'émotion du public. Utilisez tous les outils à votre disposition: la tech, le son, l'image pour raconter votre histoire. Et surtout, lancez-vous. Oscar Wilde disait : « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d'échec, on atterrit dans les étoiles »
Pour en savoir plus : https://www.acadee.fr/