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Interview de Nicolas Mérand : La libido, énergie de vitalité face à l'épuisement moderne

Nicolas, pour commencer, comment votre propre parcours – personnel et de praticien en magnétisme – vous a conduit à envisager la libido non pas seulement comme désir sexuel, mais comme une véritable énergie de vitalité et de transformation, au point d’en faire le cœur de ce livre ?

Après 25 ans dans le domaine de l’informatique, j’ai ressenti le besoin de me réorienter vers le travail sur les émotions et l’accompagnement. J’ai d’abord exercé comme énergéticien, puis je me suis formé à la psychothérapie à l’EFPP, formation que je poursuis actuellement pour devenir psychanalyste.

En utilisant le pendule comme outil d’exploration symbolique de l’inconscient, j’ai revisité les textes de Freud sous un angle plus expérientiel. C’est cette articulation entre pratique énergétique et réflexion psychanalytique qui m’a conduit à envisager la libido comme une énergie de vitalité et de transformation — et finalement à en faire le cœur de ce livre.

Dans votre ouvrage, vous parlez de la libido comme d’un levier de guérison et d’équilibre : concrètement, à quoi ressemble, dans une journée ordinaire, une libido « bien orientée » chez quelqu’un qui vit sous pression et en état d’épuisement latent ? Quels signes vous permettent de dire que cette énergie est bloquée ou au contraire bien canalisée ?

Chez une personne sous pression constante, proche de l’épuisement, la libido — au sens d’énergie vitale — n’est généralement plus bien orientée. Elle continue parfois à fonctionner, mais de manière contrainte. La personne peut sembler efficace, productive, organisée, mais intérieurement, l’énergie ne circule plus librement.

Les signes sont connus : perte d’élan, fatigue mentale, troubles physiques, perte de motivation. À terme, cela peut conduire à un burn-out, à des troubles dépressifs ou à des problèmes de santé plus sérieux.

Dans mon approche, j’invite à repérer ce que j’appelle les « fuites énergétiques » : ces mécanismes inconscients qui nous poussent à ignorer les signaux du corps et à poursuivre l’effort au-delà de nos limites. Il s’agit souvent d’injonctions intérieures, de loyautés invisibles ou de conflits pulsionnels.

Je m’appuie sur des outils symboliques — inspirés à la fois de la psychanalyse (Freud, Jung) et de certaines traditions orientales comme la notion de chakras — pour aider la personne à visualiser ces blocages. Le travail n’est pas magique, il est symbolique : il vise à rendre conscient ce qui agit en arrière-plan.

Enfin, j’explore les déséquilibres possibles entre pulsion de vie et pulsion de mort. Lorsque l’énergie de vie est bien orientée, on observe une capacité à agir sans se détruire, à s’engager sans s’épuiser, à produire sans se nier.

Vous mêlez vécu intime et approche psychologique : pouvez-vous nous raconter une ou deux situations marquantes (chez vous ou chez vos clients) où un travail sur cette énergie libidinale, via le magnétisme, a permis un changement profond – là où des approches plus classiques avaient atteint leurs limites ?

Ce que j’utilise aujourd’hui en thérapie, je l’ai d’abord expérimenté sur moi-même. Mon propre parcours a été un laboratoire vivant. Après une carrière bien établie dans l’informatique, j’ai entrepris un travail personnel approfondi, en psychanalyse, en coaching, en PNL, mais aussi à travers des pratiques comme le yoga, la méditation ou le Reiki.

Ce travail m’a permis de quitter un chemin professionnel très structuré pour me réorienter vers une activité plus alignée avec ma nature profonde. C’est dans cette transformation que sont nés mes livres et mes projets associatifs.

Chez mes clients, les changements les plus marquants concernent souvent des transitions de vie : reconversions professionnelles, décisions longtemps différées, repositionnements identitaires. Ce que j’observe, c’est qu’en travaillant sur cette énergie libidinale — c’est-à-dire sur la capacité à se remettre en mouvement — certaines personnes retrouvent un élan qu’elles pensaient perdu.

Il arrive aussi que des manifestations psychosomatiques s’améliorent. Je ne suis évidemment pas médecin et je ne pose aucun diagnostic. Mais lorsque certaines tensions émotionnelles profondes sont libérées, on observe parfois des effets positifs sur l’état général, ce qui confirme à quel point le psychisme et le corps sont liés.

Dans un contexte de fatigue généralisée, de burn-out, de sursollicitation numérique, quels sont selon vous les principaux mécanismes par lesquels notre mode de vie moderne « vampirise » ou étouffe cette énergie vitale ? Y a‑t‑il des profils particulièrement vulnérables que vous retrouvez souvent en séance ?

Si je mets volontairement de côté les pathologies lourdes et les facteurs génétiques, je dirais que, dans le cas le plus courant, notre énergie vitale est étouffée par l’accumulation de conflits non résolus. Depuis l’enfance, nous intégrons des tensions, des non-dits, des loyautés invisibles. Certaines situations nous concernent directement, d’autres nous échappent — par exemple des événements familiaux dont nous n’avons pas conscience mais qui laissent une trace symbolique.

Dans un monde de sursollicitation numérique et de pression permanente, ces charges inconscientes s’ajoutent au stress quotidien. L’énergie est alors mobilisée pour tenir, pour performer, pour répondre aux attentes, plutôt que pour créer ou se renouveler.

Dans mon approche, j’invite à effectuer des “réparations symboliques”. Pour l’inconscient, le symbolique agit comme une forme de réalité psychique. J’utilise notamment des outils imagés comme la méthode des petits bonshommes allumettes de Jacques Martel, qui permettent de représenter et de transformer certaines dynamiques relationnelles bloquées.

Les profils les plus vulnérables sont souvent ceux qui ne savent plus poser de limites : les personnes qui disent toujours oui, qui portent trop de responsabilités, qui se sentent prisonnières du système ou des attentes sociales. Ce sont souvent des personnes compétentes, engagées, mais déconnectées de leurs propres besoins.

La bonne nouvelle, c’est que rien n’est irréversible. En réorientant cette énergie, il est possible d’être à la fois plus aligné, plus efficace et plus heureux.

Vous présentez le magnétisme comme une porte d’entrée pour se reconnecter à cette force vitale : comment se déroule concrètement un travail de ce type autour de la libido ? Quelles résistances ou peurs rencontrez-vous le plus souvent, et comment les accompagnez-vous sans tomber dans les clichés autour du « développement personnel » ou de la sexualisation à outrance ?

Si Freud a défini la libido comme énergie sexuelle à l’origine de nos actions inconscientes, je propose d’élargir cette définition. Pour moi, la libido est avant tout une pulsion de vie — un amour du vivant qui pousse chacun à se transformer, à évoluer, à se renouveler.

Dans une séance, il n’y a rien de sexuel. Il s’agit d’un travail sur l’énergie vitale au sens large : la capacité à se remettre en mouvement, à retrouver de l’élan, à sortir d’une fixation traumatique.

Concrètement, le travail peut commencer de manière très classique, par des séances de type psychanalytique : parole libre, exploration des événements marquants, recherche des lapsus, des répétitions, des blocages. L’objectif est d’aider la personne à changer de point de vue sur ce qui l’a impactée — si c’est possible, souhaitable et si le moment est juste.

Le magnétisme intervient comme un outil complémentaire, que je situe à la frontière du symbolique. Il ne s’agit pas de divination, mais d’un moyen d’interroger l’inconscient autrement. Le pendule, par exemple, est utilisé comme support imaginaire permettant de matérialiser certaines dynamiques internes — un peu comme le rêve, le dessin ou l’association libre.

Ce que j’observe, c’est que les principales résistances ne sont pas liées à la sexualisation, mais à la peur de perdre le contrôle ou d’entrer dans quelque chose de perçu comme irrationnel. Nous sommes culturellement très marqués par le cartésianisme. Pourtant, l’inconscient est reconnu par toutes les écoles psychanalytiques. Que l’on y accède par les rêves, les lapsus ou un outil symbolique, la logique reste la même : il s’agit de faire émerger ce qui agit en arrière-plan.

Je précise toujours qu’une réponse issue d’un outil symbolique n’est jamais une vérité absolue. Elle ouvre une piste de réflexion. Le travail reste dialogique, conscient, et repose sur le consentement.

La résistance la plus fréquente est finalement celle du lâcher-prise : accepter que tout ne soit pas purement rationnel. Mais lorsque la personne comprend que rien ne lui est imposé, que tout passe par son propre ressenti, les peurs s’apaisent.

Si l’on se projette dans 10 ou 15 ans, comment imaginez-vous l’évolution de notre rapport collectif à la libido comme énergie de vie : pensez-vous que cette notion pourrait sortir du champ intime ou ésotérique pour s’intégrer à la prévention de l’épuisement, à la médecine intégrative, voire au monde du travail ?

Je viens d’un univers très structuré, celui de l’informatique, et mon parcours m’a conduit à me reconnecter à une dimension plus imaginaire et symbolique de l’expérience humaine. Ce travail était d’abord une nécessité personnelle avant de devenir une pratique d’accompagnement.

Est-ce un parcours atypique ou simplement une évolution naturelle ? Je laisse chacun en juger. Ce que je constate en revanche, c’est qu’il manque encore une passerelle entre la compréhension biologique du corps — sa chimie, son système nerveux — et la manière dont se forment nos pensées, nos représentations et nos blocages inconscients.

L’inconscient reste un territoire encore largement mystérieux. Freud et les écoles psychanalytiques ont ouvert des voies, mais le dialogue avec les sciences contemporaines reste incomplet. Je pense que, dans les prochaines années, nous verrons se développer des approches plus intégratives, où l’énergie de vie — qu’on l’appelle libido ou autrement — sera envisagée non comme un concept ésotérique, mais comme une manière de penser la prévention de l’épuisement et la régulation des tensions internes.

Je ne crois pas que cette notion restera cantonnée au champ intime. Elle pourrait progressivement s’intégrer à la médecine intégrative, à la prévention du burn-out, voire au monde du travail, sous des formes adaptées et moins chargées symboliquement.

Ce que j’observe déjà, c’est un intérêt croissant pour la compréhension des “pertes d’énergie” : pourquoi nous nous épuisons, pourquoi nous perdons l’élan. Cette interrogation traverse les cultures depuis longtemps. Les grandes traditions spirituelles parlaient déjà, chacune à leur manière, de réparation intérieure, de réconciliation ou de transformation.

Je pense que nous allons continuer à chercher des ponts entre ces héritages symboliques et une approche plus rationnelle et contemporaine de l’humain.

Pour conclure, quel serait le geste simple, ou la prise de conscience essentielle, que vous aimeriez transmettre à nos lecteurs épuisés ou désorientés : par où commencer, dès aujourd’hui, pour réapprivoiser leur libido comme une alliée de leur vitalité plutôt qu’une source de tension ou de culpabilité ?

Il me semble que le premier geste essentiel est de commencer à “nettoyer” son passé. Non pas pour l’effacer, mais pour le comprendre, l’intégrer et en libérer la charge émotionnelle.

Lorsque nous faisons ce travail, notre énergie vitale s’élève naturellement. On peut l’appeler libido, spiritualité, ou même intuition — dans le sens d’une connexion plus fine à nous-mêmes et à notre environnement.

Un des grands maux de notre époque, individuel comme collectif, est la déconnexion. Déconnexion de notre corps, de la nature, de notre nature profonde. Lorsque nous nous coupons de ce lien — physiquement, moralement, intellectuellement — des déséquilibres apparaissent.

Je suis convaincu que beaucoup de décisions personnelles ou collectives seraient différentes si nous étions davantage reliés à cette dimension intérieure. Lorsque nous sommes alignés, nous agissons avec plus de justesse.

Par où commencer aujourd’hui ?
Par un geste simple : identifier une situation du passé qui nous pèse encore, et accepter d’y apporter une réparation symbolique. Cela peut passer par l’écriture, par un travail thérapeutique, ou par des outils symboliques comme ceux que je décris dans mes livres ou que propose Jacques Martel avec la méthode des “Petits bonshommes allumettes”.

L’important n’est pas la technique.
L’important est de rétablir le lien.

Car dès que nous nous reconnectons à notre nature profonde, notre énergie cesse d’être une source de tension ou de culpabilité : elle redevient un moteur de vitalité.

Pour en savoir plus : https://www.telephane.org

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